Comment produire un objet high tech en France, le témoignage d’Albert Proust (Gablys)

Nous vous présentions, il y a peu, un nouveau venu dans le monde des objets connectés : le Gablys  un porte-clé anti-vol et anti-perte. Plébiscité pas la presse française, il est désigné comme le must-have  par Madame Figaro, Le Parisien ou encore Closer.

En plus d’être un objet particulièrement astucieux et utile, c’est un objet connecté, high tech, 100% Made in France.

Nous avons interviewé Albert Proust à l’origine de Gablys pour qu’il nous raconte l’aventure de produire un tel objet en France alors que la plupart des start-ups françaises du secteur produisent en Chine.

Albert Proust GAblys

La galère des débuts

Les Connectés.net : Pourquoi avez-vous décidé de produire Gablys en France ?

Albert Proust : Mes expériences passées m’ont montré les lacunes d’une production délocalisée en Chine: méthodes de travail différentes, mode de communication différents, taux de perte important, taxe de transport variable, etc… D’autre part, j’avais un réel désir de faire travailler les entreprises de ma région et plus généralement les entreprises françaises car produire en France a aussi de réels avantages.

Les Connectés.net : Malgré cette volonté, les premiers temps ont été difficiles. Pourquoi ?

Albert Proust : Produire des produits high-tech en France n’est  à priori pas facile. Nous avons rencontré beaucoup d’embûches au démarrage.

Dans un premier temps, les entreprises françaises ne sont pas réputées pour leur réactivité. Les délais pour obtenir un devis sont excessivement longs. Surtout quand on est une start-up et que la moindre journée perdue  perturbe vite le planning. Il y a une réelle inertie au démarrage.

 Certains fournisseurs nous ont carrément dits qu’ils n’étaient pas capable de faire ça et que nous devions produire en Chine car seuls les Chinois étaient capables de le faire !

Ensuite, nous avons essuyé beaucoup de refus, car les premières entreprises, que nous avons contactées, n’étaient pas enthousiastes pour travailler sur de petits volumes. Certains fournisseurs nous ont carrément dits qu’ils n’étaient pas capable de faire ça et que nous devions produire en Chine car seuls les Chinois étaient capables de le faire !

Il s’est donc écoulé plusieurs mois pour trouver les bons fournisseurs.

Les compétences et le savoir-faire à la Française 

Les Connectés.net : Mais vous avez réussi par trouver les bons interlocuteurs ?

Albert Proust : Oui ! Ils existent mais il faut les trouver ! Et ils ne sont pas toujours là où on le pense. Nous faisons travailler 5 villes : la région de Bordeaux où nous sommes implantés, Evian, une petite ville à côté de Clermont-Ferrand (Chabreloche), Cholet et Buc en Yvelines.

Les Connectés.net : Quel est votre sentiment sur les compétences de la France en matière d’High-Tech, tant dans la conception que dans le processus de production?

Albert Proust : La France regorge de talents. Mais il faut les trouver, parfois au fin fond de la France. (rires) Que ce soit dans le domaine du design ou de l’électronique, nous avons de vrais génies. Après il y a parfois un problème de recrutement.

En tant que start-up, nous avons du mal à recruter ces gens en région parisienne. Aujourd’hui, les start-ups parisiennes soient moins attractives pour ces talents. En cause, la hausse du niveau de vie en région parisienne. Une start-up ne peut proposer le même type d’avantage et de salaire qu’une SSII ou qu’un grand compte. En revanche, les choses sont radicalement différentes lorsque l’on est basé en province comme Netwyse Labs. Les salaires et avantages que nous pouvons proposer sont en adéquation avec le niveau de vie en Province , sans compter la qualité de vie différente que l’on peut rechercher en Province.

Les Connectés.net : Quels sont les avantages à produire en France ?

Albert Proust : Ils sont nombreux. Une fois passée la phase d’inertie dans la recherche de fournisseurs, les choses vont beaucoup plus vite.Et les entreprises avec lesquelles nous travaillons font même preuve d’une réactivité incroyable. Je dirai que leur temps de réactivité est inversement proportionnel à leur temps de réponse au premier devis. C’est qui est assez paradoxal.

En outre, ces entreprises sont plus que de simples fournisseurs, ils sont de véritables partenaires. Nous travaillons de concert et notre relation ressemble plus à une relation entre partenaires qu’entre un client et son fournisseur. Ils savent faire preuve d’intelligence et d’optimisation de la production et nous conseillent en ce sens. Nous avons l’impression qu’ils s’investissent pleinement dans notre projet et c’est très enthousiasmant.

Le savoir-faire à la française n’est pas un mythe.

Un autre avantage indéniable dans le fait de vouloir produire en France réside dans le savoir-faire de nos entreprises. Le savoir-faire à la Française n’est pas un mythe. Le taux de perte est incroyablement bas. Je ne dis pas que cela définit toutes les entreprises françaises. Les mauvais candidats existent, comme partout, et ils ont été débusqués très rapidement et très facilement.

D’autre part ce taux de perte presque insignifiant couplé à des frais de transport plus bas, à un relationnel et une communication très facile sont autant d’atouts permettant de réduire l’écart avec les marges que l’on pourrait faire en produisant en Chine.

Le confort de communication et de négociation est aussi un autre atout indéniable pour faire appel à des entreprises françaises, surtout pour une start-up.

 Que signifie le 100% Made in France

 Les Connectés.net : Que signifie le 100% Made in France ?

Albert Proust : Cela signifie que dans la mesure du possible tout a été fabriqué et assemblé en France.

Les Connectés.net : Dans la mesure du possible ?

Seules les matières premières, c’est à dire les composants électroniques ne sont pas produits en France. Car personne en France ne produit les composants électroniques dont nous avions besoin. 

Albert Proust : Pour être plus clair et plus détaillé, seules les matières premières, c’est à dire les composants électroniques ne sont pas produits en France. Car personne en France ne produit les composants électroniques dont nous avions besoin : la LED, la puce Bluetooth, etc.. Mais le packaging – composé du boitier en plastique et de la mousse – le galet Gablys en polycarbonate, la gravure du circuit imprimé, l’assemblage des composants électroniques et du boitier, les stickers, etc.., ont été produits et assemblés en France dans les différentes usines des fournisseurs auxquels nous avons fait appel.

Les Connectés.net : Où sont fabriqués ces composants ?

Albert Proust : Principalement aux Etats-Unis et en Allemagne.

 Les Connectés.net : D’ailleurs vous n’avez pas hésité à changer un composant pour pouvoir effectuer l’assemblage en France ?

Albert Proust : Oui, effectivement, Au départ, nous avions choisi un composant extrêmement petit à assembler sur le circuit imprimé. Aucun des fournisseurs que nous avions contacté n’avait les machines pour assembler à la chaîne ce composant aussi petit. Nous avons donc décidé de choisir un composant lègèrement plus gros de quelques millimètres et pouvant être assemblé par les machines de nos fournisseurs français.

 Les Connectés.net : Qu’en est-il au niveau du coût de production ?

Albert Proust : Evidemment, c’est un peu plus cher de produire en France. Mais comme je l’expliquais plus tôt, les avantages en terme de taux de perte, de taxe de transport réduisent un peu l’écart. Et d’autre part, il faut accepter de réduire soit même ses propres marges. Et il faudra que les distributeurs acceptent que le fait de proposer des produits 100% Made in Frace leur demandera aussi de réduire un peu leur marge. Mais la demande des consommateurs est là. Et nous avons eu beaucoup d’encouragements et de félicitations dans notre démarche.

Les Connectés.net : Concrètement, vous avez accepté de gagner moins d’argent pour pouvoir produire en France ?

Albert Proust : Clairement, oui. Maintenant, nous attendons que les distributeurs nous suivent et nous soutiennent et bien évidemment, les consommateurs aussi. Accepteront-ils de payer entre 5 et 10 € de plus un objet parce qu’il est fabriqué à côté de chez eux, dans l’usine où travaille sans doute une de leurs connaissances ? Sans compter évidemment la qualité de fabrication qui est réellement là.

Gablys

Pour finir, nous avions quelques questions complémentaires sur Gablys. Des questions de notre lectorat que nous vous relayons ici.

Gablys Color8

Les Connectés.net : Qu’en est il de la collecte des données de l’utilisateur ?

Albert Proust : C’est une question sur laquelle nous avons longuement réfléchi. Il n’y a aucune transmission des données utilisateurs. Le seul moment où l’information est remontée sur le serveur, c’est lorsque l’utilisateur déclare la perte de son Gablys. A ce moment là, la dernière position connue du Gablys  est remontée sur notre serveur, pour que la communauté puisse aider à le retrouver. Nous nous sommes bien sûr déclarer à la CNIL sur ce point.

Les Connectés.net : Quel volume de ventes attendez-vous atteindre avec ce nouvel objet connecté ?

Albert Proust : Ayant eu de très bons articles dans Madame Figaro et dans d’autres titres de presse à fort tirage, nous nous attendons à de nombreuses commandes pour Noël. Peu cher et astucieux, notre objet est le cadeau de Noël idéal. Nous avons pour l’instant 10 000 pièces en stock et nous en aurons 30 000 de plus dans quelques semaines. Nous espérons en vendre 100 000 pièces d’ici 1 an et demi.

Les Connectés.net : Qu’est il prévu pour la suite de Gablys ?

Albert Proust : Gablys est un objet et un système aux multiples possibilités. Nous n’avons pas tout débloqué pour l’instant et nous avons limité son utilisation à trois fonctions principales : anti-perte (du Gablys ou du téléphone), anti-vol et barrière virtuelle. Nous attendons que les utilisateurs s’habituent à ce nouveau produit, puis nous lancerons des mises à jour de l’application avec de nouvelles fonctionnalités courant 2015.

Les Connectés.net : Merci beaucoup pour votre témoignage. Nous rappelons que votre objet est en vente sur le site Gablys.com au prix de 39€ + 2€ de livraison.

Albert Proust : Merci à vous

Categories: Economie, Les News

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Cécile PINEAU

Fondatrice du site LesConnectés.net Consultante en communication et fondatrice d'Un Oeil sur la Pub. Passionnée pour tous les moyens de communication et notamment par les NTIC. Aime la SF, l'art contemporain, bidouiller son smartphone, lire, écrire....

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