Expo au Musée des Confluences de Lyon : influences ou confluences de l’art et la machine ?

Cet article a été rédigé par Agnès Aspord et Cécile Pineau

Ce sujet vous paraîtra peut-être un peu éloigné du domaine des objets connectés. Pourtant il s’inscrit dans une réflexion bien contemporaine du « tout-connecté » qui a démarré sur ce site à la suite du compte rendu du salon du Blend Web Mix et que vous pouvez retrouver ici.

Quelle place pour l’Homme dans une société où les Nouvelles Technologies sont de plus en plus présentes ?

L’exposition au Musée des Confluences démontre que cette question prend racines dès l’avènement de la Révolution Industrielle et l’entrée de plus en plus prégnante de la machine dans notre société. Et ce qui nous intéresse ici, ce sont les réponses que peut y apporter l’Art qui s’est penché très tôt sur ces problématiques.

Le Musée des Confluences

Si pendant plusieurs années, c’est le prix scandaleux du musée qui a été le leitmotiv des conversations et de la presse, il est incontestable aujourd’hui que ce lieu culturel est devenu l’incontournable visite de Lyon.

Ouvert fin décembre 2014, il dépasse en à peine six mois son objectif annuel de 500 000 visiteurs. Le Musée des Confluences semble avoir conquis à la fois le jeune public et les plus érudits.




L’origine de ce nom provient tout autant de sa situation géographique, à la confluence du Rhône et la Saône, que de la scénographie des expositions présentées.

A la croisée des cultures, de l’art, des sciences, de la nature et surtout de l’Homme dans toute sa complexité, le Musée des Confluences propose, pour son ultime semaine, une exposition temporaire qui nous fait entrer dans le monde ambigu de l’art et la machine.

Un air de M  pourrait symboliser le sujet de cette exposition … «  qui de nous 2, inspire l’autre, qui de nous 2, speed l’autre… »

L’exposition nous déroule un scénario complexe et nous pose deux questions  :

  • Quelle est l’influence réciproque de ces deux univers ?
  • Et que va produire la confluence de l’art et de la machine au 21ème siècle ?

Pour répondre à ces questions, la scénographie mise en place peut se découper en 4 grandes idées :

  • l’esthétique industrielle
  • l’art témoin de l’industrialisation
  • la machine comme objet de l’art
  • au delà de la machine, l’industrie et son patrimoine

L’esthétique industrielle

Le premier espace s’intéresse aux machines et à l’innovation de la fin de 19ème siècle sur le plan esthétique. Au fur et à mesure du défilé des pièces de moteur d’avion, de machines statistiques et de systèmes d’engrenages, nous voyons comment la géométrie ou les mathématiques produisent une esthétique qui contente l’œil par sa beauté répétitive de formes complexes.

On se prend à contempler plusieurs minutes, un moteur rotatif d’avion de 1913 et à l’envisager pour son seul potentiel esthétique.

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Et l’on peut réfléchir longtemps sur la machine à statistiques d’Hollerith de 1889.

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Ces machines sont aussi le symbole de l’avènement d’une nouvelle société tournée vers le progrès. Derrière l’accumulation des rouages, vis, boulots, écrous miniatures, se cache la symbolique en devenir de la Révolution Industrielle, du progrès et de l’innovation. C’est juste beau !

Le raisonnement mathématique, physique, géométrique de ces pièces qui s’enchevêtrent dans un système organisé et complexe, relève encore plus du mystère. Une magie en remplace une autre. Les mathématiques deviennent esthétisme. Et c’est grâce à cette incompréhension que le novice peut saisir la beauté qui s’en empare.

L’art témoin de l’industrialisation

La suite de l’exposition, nous plonge maintenant dans l’art dit « classique ». Une suite de tableaux remplace les machines découvertes précédemment. De manière très académique, il nous est proposé des peintures réalistes dépeignant le travail en usine. Pour le visiteur, la machine n’est alors plus le sujet principale.

Ces premières œuvres sont plutôt le témoin de l’industrialisation et de la place de l’homme. Le discours est dirigé sur les ouvriers et le dur labeur auquel ils sont confrontés dans cet environnement plutôt hostile.

L’art et la machine sont deux univers qui ne communiquent pas encore réellement à ce stade, comme si l’art académique n’avait pas encore saisi la puissance esthétique de la machine.

Enfin, les commissaires de l’exposition n’ont pas oublié de convoquer la vision des impressionnistes, premiers spectateurs parfois critiques, parfois subjugués par l’arrivée des trains dans la ville. En leur qualité de précurseurs, les impressionnistes sont peut-être ceux qui commencent à saisir l’importance de ces nouveaux monstres mécaniques.

La machine comme objet de l’art

Ce sont les artistes du début du 20ème siècle et les précurseurs de l’art non figuratif qui commencent à déconstruire l’esthétique des machines devenant ainsi le sujet principal de certaines œuvres.

Une oeuvre de Fernand Léger nous rend bien compte de ce basculement.

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Fernand Léger

Ici, le progrès est réduit à des formes géométriques incompréhensibles. La domination du gris acier représente bien la matière première de l’industrie. Nous sommes les témoins  du début de la construction d’un nouvel imaginaire : celui de la machine, de l’industrie et aussi par extension du progrès.

Les œuvres d’Arman et César nous poussent à une réflexion sur toute la nouvelle société qu’engendrent ce progrès industriel et la colonisation de ces nouveaux objets. Les accumulations d’Arman font référence à l’accumulation d’objets que produit la société de consommation.

Arman, Compresion

Arman, Accumulation

Les compressions de César nous donnent une autre réalité déformée de ces objets. Ici, la machine est véritablement recyclée en objet d’art. Elle perd sa fonction première à différents niveaux : la compression lui enlève sa fonction utilitaire, sa manipulation par un artiste et son exposition dans un musée l’érige au rang d’objet d’art.

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César, Compression

Duchamp est l’un des maîtres dans le détournement de la fonction des objets. Son tabouret est d’ailleurs l’une des pièces maîtresses de cette exposition.

Cette exposition a le mérite d’explorer toutes les formes d’art et accorde un grand espace à l’art cinématographique. Avec une scénographie qui encourage à l’interactivité, le visiteur peut à la fois s’étonner sur les premières caméras et visionner quelques extraits emblématiques qui montrent comment le cinéma a traité la machine tout au long de son histoire. Des Temps Modernes de Charlie Chaplin à 2001 Odyssée de l’Espace, nous avons une autre vision de l’évolution de la machine à travers le cinéma.

Cela permet de nous rendre compte que notre société –  tournait aujourd’hui vers les Nouvelles Technologies –  n’est que l’héritière de la Révolution Industrielle du 19ème siècle.

Au delà de la machine, l’industrie et son patrimoine

Cette exposition amène à une réflexion plus globale et demande même de voyager hors les murs.

A l’instar de l’oeuvre de Thomas Struth, Hot Rolling Mill, ThyssenKrupp Steel, présentée dans la dernière pièce, nous voyons bien que la question posée va bien au-delà de la machine et qu’elle englobe tout l’univers de l’industrie et de son patrimoine, bâti, mécanique, etc.

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Thomas Struth, Hot Rolling Mill, ThyssenKrupp Steel

Nous sommes aujourd’hui les héritiers d’un patrimoine industriel qui depuis plusieurs années est clairement revalorisé, transformé, revitalisé et en particuliers grâce aux Arts.

Pas la peine d’aller très loin, à deux pas du Musée des Confluences, on peut découvrir l’ancien quartier des docks. Entre nouveaux programmes architecturaux et reliques de la Révolution Industrielle, le quartier des Confluences et en particulier le site de la Sucrière ont clairement le vent en poupe… Après avoir accueilli le festival électronique des Nuits Sonores, ce bâtiment des années 30 est transformé en lieu culturel, artistique et social et fait partie des lieux accueillant la Biennale d’art contemporain. La dernière pub d’appli google ne s’y est pas trompée …

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Capture d’écran de la pub Google



 

Dans un même état d’esprit, si vous en avez assez des relations superficielles et que vous souhaitez construire un vrai projet à deux, voici un site original qui montre comment le patrimoine industriel, l’art et l’économie peuvent entrer en confluence.

http://www.adopteunefriche.com/

Ce nouveau site met en relation des porteurs de projet et des friches industrielles afin que de leur union naissent un nouvel avenir.

Confluence ou influence de l’art et la machine… en un mot l’amour.

Et ce n’est qu’un début…

Agnès Aspord et Cécile Pineau

Categories: Les News

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