Richard Ollier, CEO de Giroptic, la première caméra 360°

Entretien avec Richard OLLIER, CEO et fondateur de Giroptic .
Giroptic vient de faire financer son projet de caméra 360° sur Kickstarter. Projet français le plus « backé » (sponsorisé) sur la plate-forme de crowdfunding, ils ont dépassé l’autre projet français vedette : Lima.

Nous vous présentions cette caméra dans un précédent article. Aujourd’hui nous vous proposons un entretien avec son fondateur, Richard Ollier.

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Les connectés.net : Pouvez-vous vous présenter, ainsi que Giroptic ?

Richard Ollier : Je suis originaire de Lille, l’endroit où est situé la société actuellement. J’ai fait une école d’ingénieur généraliste. En fin d’études, je suis parti au Japon pour travailler comme planneur stratégique dans une agence de publicité. Mon rôle était d’élaborer des stratégies qui permettaient d’utiliser les nouvelles technologies dans des campagnes de communication. Suite à cela, j’ai rencontré mes associés actuels. Et nous avons décidé de lancer Giroptic en 2008.

Nous avons créé Giroptic il y a donc 6 ans. Nous avons commencé à développer des solutions de visites virtuelles pour les agents immobiliers et des appareils photos panoramiques. Le marché a très bien répondu et nous nous sommes rendus compte qu’il s’étendait bien au-delà des agents immobiliers :

  • le tourisme,
  • la police (reconstitution des scènes de crime),
  • les prisons (pour produire une cartographie intégrale de l’ensemble de l’établissement pour améliorer leur capacité en cas de problèmes ou d’émeutes),
  • etc.

Parmi nos clients nous comptons aussi Mappy ou Pages Jaunes.

Nous avons développé des appareils photos et nous sommes montés en compétences petit à petit jusqu’à pouvoir être capable de faire de la vidéo en 360°. Nous sommes arrivés à une technologie très avancée par rapport à ce qui pouvait se faire sur le marché. Et cela nous a permis de proposer un produit grand public. Il s’agit de notre troisième produit, et le premier à destination du grand public.

Giroptic compte 10 collaborateurs, principalement des ingénieurs. Nous développons nos produits en interne, cela signifie que nous rassemblons des compétences en électronique, en optique, en firmware, en mécanique et tout ce qui est nécessaire pour concevoir une caméra en interne. Nous ne sous-traitons absolument rien lors de l aphase de conception. C’est notre gros point fort.

« Giroptic compte 10 collaborateurs, principalement des ingénieurs » .



Les connectés.net : Quels sont les paramètres qui vous ont décidé à vous attaquer au marché du grand public ?

Richard Ollier : Le marché du grand public est aujourd’hui mature. Tout le monde a eu du 360° dans les mains par l’intermédiare des photos panoramiques que l’on peut faire avec son smartphone ou sa tablette. Google Street View a éduqué depuis quelques années le grand public aux vues 360°. D’autre part, tout le monde consomme aussi beaucoup de vidéos, via les smartphones, les cameras GoPro, très à la mode. Nous arrivons avec un bon timing sur le marché du grand public. Le marché est éduqué sur la vue panoramique.

« Google Street View a éduqué depuis quelques années le grand public aux vues 360° »



Les connectés.net : Quelles sont les problématiques différentes quand on s’adresse au grand public ?

Richard Ollier : La problématique de coût n’est pas la même. La problématique d’utilisation et d’expérience utilisateur est très différente aussi. Vous pouvez donner à un professionnel un manuel d’utilisation qu’il va lire. Concernant les particuliers, les utilisateurs ne vont pas lire le mode d’emploi en premier, mais ils vont commencer tout de suite par s’amuser avec le produit. Nous avons donc beaucoup travaillé sur le caractère intuitif dans l’expérience utilisateur.
Le circuit de distribution n’est pas le même non plus. Et il faut faire du volume. C’est donc un pari pour nous mais qui s’annonce très bien vu le succès sur Kickstarter.

« Les utilisateurs ne vont pas lire le mode d’emploi en premier, mais ils vont commencer tout de suite par s’amuser avec le produit. »



Les connectés.net : Quels sont les avantages de faire appel au crowdfunding et à la plate-forme Kikcstarter ?

Richard Ollier : Cela nous a permis de tester le marché et voir s’il y a une forme d’appétence pour ce produit. Nous visions dès le déaprt le marché américain car 50 % du marché de la vidéo se situe là bas. Nous avons donc décidé de nous positionner sur la plate-forme leader de crowdfunding : Kickstarter.
Cela nous a permis de faire quasiment 2 ans de chiffres d’affaire en un mois. Ce qui n’est pas négligeable.
Kickstarter permet de financer du développement et aussi de la production.

« Kickstarter a permis de faire quasiment 2 ans de chiffres d’affaire en un mois. » 



Les connectés.net : Est-il essentiel de penser à l’International dès le début ?

Richard Ollier : Oui. L’innovation va tellement vite aujourd’hui dans le secteur High-Tech. Nous sommes dans un marché où il faut aller très vite. Et le seul moyen d’exister pour nous, c’est de nous positionner sur l’international dès le début.

Les connectés.net : Est-ce un avantage ou un handicap d’être français dans le secteur High-Tech aujourd’hui ?

Richard Ollier : Je dirais que ce n’est plus un inconvénient. Mais ce n’est pas encore devenu un avantage. Il faut rester humble. La France a de belles pépites mais ce n’est pas le seul pays, l’Allemagne, le Japon, les Etats-Unis ont des pépites aussi. On s’est remis au même niveau que les autres pays. La nouvelle technologie n’est pas encore une référence française à l’étranger.
Sur Kickstarter on ne s’est pas caché d’être une boîte française et si cela avait été un inconvénient nous n’aurions certainement pas fait les chiffres que nous avons faits. Mais ça me fait toujours plaisir quand je me balade à l’étranger de voir dans les aéroports des produits Parrot ou Withings ou Netatmo, sans oublier Archos. Mais les Américains ne savent pas forcément que ce sont des boites françaises. Pour eux, Withings est une boîte américaine.
Aujourd’hui nous pouvons être fier de l’écosystème qu’il y a en France.

« Aujourd’hui, être Français n’est plus un inconvénient dans le secteur High-Tech. »



Les connectés.net : Comment va se passer l’étape de la production ?

Richard Ollier : Chez Giroptic, nous avons la particularité d’assembler dans nos locaux à 100%. On achetait les pièces détachées en Asie car en France, nous avons du mal à trouver des société réactives capable de sortir un devis rapidement et de ne pas avoir de temps morts de production (comme le mois d’Août) ou de pouvoir sortir un prototype rapidement. Mais ce système était viable pour des petites quantités concernant le marché du BtoB.
Pour la nouvelle caméra 360° financée sur Kickstarter, les volumes ne sont plus les mêmes. Il va falloir que l’on produise des milliers d’unités. Nous serons obligés de faire fabriquer et assembler nos modèles en Asie.
Nous préserverons chez nous une partie assemblage sur des accessoires et la partie SAV. Car cela crée des emplois et c’est bien de garder un œil sur la technologie. Il faut rester conscient du travail qui a été fait.


Les connectés.net : Que pensez-vous de la Chine comme partenaire dans le processus de fabrication de vos produits ?

Richard Ollier : Au départ, nous voulions faire un produit 100% made in France. Mais nous nous sommes heurtés aux fournisseurs français d’électronique qui n’ont pas voulu fabriquer en dessous d’un certain nombre d’unités. Nous étions trop petits pour travailler avec eux.
En Chine, ils n’ont pas la même conception. Tant que leur usine n’est pas à 100% de ses capacités, ils acceptent toutes les commandes, même les petits volumes. Ils sont très rapides à répondre aux demandes de devis. Et ce gain de temps est très précieux pour une start-up.
Après, il faut faire attention. En gros, ils vont travailler à hauteur de ce que vous les payer. Si vous voulez un produit de qualité, cela vous coûtera un peu plus cher qu’un produit de moins bonne qualité. Vous pouvez rajouter des contrôles qualité pour vérifier vos produits et ne pas avoir de souci de production. Et au final, la majorité des Chinois travaillent très  bien.

« En Chine, ils acceptent toutes les commandes, même les petits volumes.  »



Les connectés.net : De votre point de vue, la French Tech existe bel et bien ou est-ce un concept peu palpable ?

Richard Ollier : Je pense qu’il existe une vraie French Tech. En fait, il existe des vrais French Tech, à Lille, à Lyon, à Paris. Ce qui manque c’est du lien entre tout ça. C’est un peu comme si vous aviez une Silicon Valley aussi grande que la France alors qu’en réalité, elle s’étend sur 35 km.
Aujourd’hui la French Tech a du sens. La création de ce label est très bien. Maintenant il faut voir où cela va nous mener.

Les connectés.net : Qu’en est-il de la volonté politique ?

Richard Ollier : Fleur Pellerin a été très active sur les questions liées au numérique et à la French Tech. C’est elle qui a créé ce label, elle était d’ailleurs présente à New York lors de la French Touch Conference. Je ne sais pas ce que donnera la nouvelle équipe au Gouvernement. Mais Fleur Pellerin a su donner un gros coup de boost. Espérons que cela continuera dans ce sens.

Les connectés.net : Que voulez-vous rajouter sur Giroptic ?

Richard Ollier : Je tiens à souligner que Giroptic, c’est avant tout une équipe. Moi je ne suis plus sur le terrain, je suis plutôt le sélectionneur ou éventuellement l’entraineur sur le bord du terrain. Mais son succès tient à l’ensemble des collaborateurs.

Les connectés.net : Vos produits seront disponibles à partir de quelle date ?

Richard Ollier : Ils seront disponibles à partir de novembre. A partir de 2015, nous planifions une distribution à plus grande échelle dans les réseaux de distribution classique.

Les connectés.net : Merci à vous et nous tiendrons nos lecteurs au courant de la sortie de votre caméra 360°.

Richard Ollier : Merci et à bientôt.

A propos de l'auteur

Cécile PINEAU

Cécile PINEAU

Fondatrice du site LesConnectés.net Consultante en communication et fondatrice d'Un Oeil sur la Pub. Passionnée pour tous les moyens de communication et notamment par les NTIC. Aime la SF, l'art contemporain, bidouiller son smartphone, lire, écrire....

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