Jérôme Fauquembergue, directeur opérationnel de l’Euratech

Pour compléter notre article sur la présentation du parc Euratechonolgies de Lille, nous avons interviewé son directeur opérationnel, Jérôme Fauquembergue.

jerome fauquembergue

Il nous parle d’Euratechnologies, mais aussi de la French Tech et du Made in France.

Nous sommes dans un secteur en croissance avec de nombreuses entreprises en hyper-croissance.

Les Connectés.net : Nous avons présenté récemment le parc d’activités Euratechnologies. Cet écosystème high-tech a un objectif de parvenir à la création de 6000 emplois d’ici 2018. Vous en êtes déjà à 2500, mais l’objectif de 6000 emplois est-il réalisable au regard de la conjoncture économique ?

Jérôme Fauquembergue : Il est tout à fait réalisable. J’y crois beaucoup. Nous sommes dans un secteur en croissance avec de nombreuses entreprises en hyper-croissance.

C’est vrai que c’est un challenge, mais nous travaillons beaucoup pour y parvenir. Nous refusons même l’implantation des certaines entreprises pour garder toute sa cohérence à notre projet.

Nous avons des bâtiments magnifiques, un emplacement idéal, des entreprises dynamiques. À nous de faire que le contenu soit à l’image du contenant, tout en répondant à divers enjeux.

Les Connectés.net : À quels enjeux pensez-vous ?

Jérôme Fauquembergue : L’Euratechnologies a beaucoup d’ambition. Nous essayons de répondre à diverses problématiques en créeant des solutions aux problèmes souvent rencontrés par les startups et l’ensemble des entreprises françaises du secteur high-tech. Je pense notamment au manque de développement à l’international, au manque de transfert de technologies entre les laboratoires de recherche et les entreprises, au manque d’ambition de certains entrepreneurs. Nous leur fournissons, entre autres, un lieu et un accès à un large réseau d’experts, de mentors et de partenaires dans différents pays. L’Euratechnologies,  par sa conception, son implantation, les services proposés, les acteurs déjà présents, permet une émulation, une coopération et une croissance plus grande pour ces entreprises, quelles soient jeunes, en croissance ou confirmées.

©ASTIER FREDERIK-4428

D’autre part, l’Euratech est animé par un vrai projet social de création d’emplois et de re-dynamisation du bassin lillois et régional. Nous accueillons et accompagnons aussi des centres aérés, des écoles (maternelles,  primaires,  collèges, lycées) dans le cadre de projets pédagogiques autour des nouvelles technologies et collaborons avec un certain nombre de dispositifs locaux pour le remise à l’emploi via le secteur des nouvelles technologies.

Les Connectés.net : Quel est le positionnement d’Euratech par rapport aux grandes technopoles déjà présentes et à venir sur le territoire français (Sophia-Antipolis, Halle Freyssinet) ?

Jérôme Fauquembergue : Sophia Antipolis est un modèle de référence, basé sur la première Silicon Valley. C’est à dire un pôle énorme s’étendant sur plus de 2400 ha. Sophia Antipolis reste encore aujourd’hui un modèle à de nombreux égards.

Mais nous avons décidé de prendre le contre-pied en optant pour une hyper-concentration. Si Sophia Antipolis s’étend sur 2400 ha, notre parc ne fait « que » 100 ha. Pas besoin de prendre sa voiture pour aller voir une entreprise sur le parc. Le but est d’avoir tout à portée de pas, de l’incubateur à l’hôtel d’entreprise, en passant par des laboratoires de recherche et la formation.

Concernant la Halle Freyssinet, ce projet nous ressemble plus. Et nous avons hâte de travailler ensemble !

Les Connectés.net : Y-a-t-il de la concurrence entre les différents grands parcs d’activités high-tech en France ?

Jérôme Fauquembergue : Pas du tout. Le secteur high-tech français n’est pas du tout dans ce type de dynamique. Nous travaillons ensemble. Beaucoup de métropoles sont venues nous voir pour étudier le modèle Euratechnologies. Et nous avons été heureux de les accueillir, de leur présenter notre démarche. On veut travailler ensemble. Plus on est nombreux, plus ça marche.

Et il ne faut pas oublier que c’est l’entreprise qui décide de son écosystème, souvent en relation avec son bassin économique naturel et ses besoins.

Les Connectés.net : Lille a été labellisée French Tech, qu’est-ce que cela va vous apporter ?

lille french-tech

Jérôme Fauquembergue : Le label French Tech est d’abord une reconnaissance de tout ce que nous avons déjà accompli. C’est aussi un encouragement à poursuivre notre feuille de route. Cela démontre aussi une volonté nationale. Toutes ces villes ont envie de travailler ensemble et partager leurs compétences et expériences.

Les Connectés.net : La mentalité présente dans le secteur high-tech français et plus particulièrement chez les startups est très différente de ce que l’on retrouve dans les secteurs traditionnels ?

Jérôme Fauquembergue : Effectivement, il y a un dynamisme, un investissement des personnes dans leur entreprise, un goût de l’innovation et une attitude très positive particulière à ce secteur.

Il faut arrêter de dire que tout va mal.

Les startups françaises ont réussi à trouver un juste équilibre entre l’enthousiasme débordant et parfois artificiel que l’on retrouve aux Etats-Unis et le pessimisme bien français qui empêche d’avancer.

Les entreprises du CAC 40 et les industries traditionnelles ont beaucoup à apprendre de nos startups et de notre secteur.

Il faut arrêter de dire que tout va mal. Ce n’est pas vrai. Nous voyons naître chaque jour de beaux projets, de jeunes entreprises, de belles levées de fonds… Les entreprises du CAC 40 et les industries traditionnelles ont beaucoup à apprendre de nos startups et de notre secteur.

Les Connectés.net : Nous avons beaucoup entendu parler du Made in France, quel est votre avis sur la question, Est-il envisageable de relocaliser la production d’objets high-tech dans l’Hexagone ?

Jérôme Fauquembergue : Oui, tout à fait et nous avons des indicateurs qui nous permettent de confirmer que cette hypothèse est envisageable et viable. Cela demandera certainement quelques aménagements économiques.

Une étude a récemment démontré que l’industrie américaine quitte la Chine pour se relocaliser aux Etats-Unis et pour une part significative.  C’est une réelle tendance, déjà visible aux Etats-Unis.

Ce n’est pas forcément facile de fabriquer en Chine et de plus en plus cher.

le Made in France a une forte valeur ajoutée à l’étranger.

Sans oublier que le Made in France a une forte valeur ajoutée à l’étranger. Cette marque fait d’ailleurs plus rêver à l’étranger qu’en France. Le Made in France est une production de qualité et reconnue.

Mais si le secteur des nouvelles technologies permet de créer des emplois, il faut bien avoir en tête qu’il crée de nouveaux emplois. Il faut donc réfléchir à la transition industrielle et surtout au transfert et à l’acquisition des compétences.

Les Connectés.net : Mais d’un autre côté, vous avez signé récemment un partenariat avec la Chine ?

Jérôme Fauquembergue : Oui, il ne faut pas pour autant avoir peur de la Chine. Dans une perspective d’échange de connaissances et d’entreprises, nous avons signé un partenariat autour de l’univers de l’Internet des Objets avec un centre référence qui compte 400 entreprises dans ce secteur. Ils accueilleront des entreprises françaises et nous ferons de même avec des entreprises chinoises.

Sans compter notre entité Euratech in China : un système d’accompagnement pour les entreprises françaises qui souhaitent s’installer en Chine.

Les Connectés.net : Quel est votre sentiment sur le secteur de l’Internet des Objets (IOT) ?

Jérôme Fauquembergue : C’est un secteur où les enjeux sont énormes. Il faudra réfléchir sur des sujets transversaux comme la cybersécurité et les données utilisateurs (data et big data), sujets sur lesquels nous investissons déjà beaucoup.

Les objets connectés génèrent et vont générer énormément de données plus personnelles, moins contrôlées et moins maîtrisées.

Les objets connectés génèrent et vont générer énormément de données plus personnelles, moins contrôlées et moins maîtrisées par leur utilisateur que ce que nous faisons déjà avec les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram). Il faudra donc être attentif à tout cela.

Les Connectés.net : Merci beaucoup de nous avoir accordé cet entretien. A bientôt.

Categories: Economie, Les News

A propos de l'auteur

Cécile PINEAU

Cécile PINEAU

Fondatrice du site LesConnectés.net Consultante en communication et fondatrice d'Un Oeil sur la Pub. Passionnée pour tous les moyens de communication et notamment par les NTIC. Aime la SF, l'art contemporain, bidouiller son smartphone, lire, écrire....

Ecrire un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée
Les champs obligatoires sont mentionnés*