La robotique à l’honneur à la Conférence Zest Innovation

Pour sa 4ème édition, la conférence Zest Innovation avait pour thématique principale la robotique, même si les objets connectés et les data n’étaient pas complètement absentes.

Voici un petit compte-rendu de cette matinée enrichissante où de nombreux aspects de la robotique ont été abordés.

Les Connectes.net est partenaire de cet événement.

Enjeux de la robotique

Béryl Breas d’InnoEcho

Beryls Breas, Directrice générale d’Innoecho – cabinet de conseil et d’accompagnement des porteurs de projets dans le domaine de la robotique – nous a donné une belle introduction du monde et des enjeux de la robotique.

Qu’est-ce qu’un robot ?

Un robot se définit par 3 choses :

  • des capteurs (percevoir l’information),
  • un processeur (l’Intelligence Artificielle – capable de traiter l’information perçue par les capteurs),
  • un ou des actionneurs (accomplir une action déterminée par les deux éléments précédents ).

Mais attention, un robot n’est pas forcément humanoïde et cette définition le montre.

Cette définition montre aussi le flou qu’il peut exister sur certaines machines qui ne sont pas tout à fait des robots mais qui peuvent répondre pourtant à toutes ces caractéristiques, comme les drones autonomes, par exemple.

Béryl Breas fait donc le constat que cette définition rester à construire et à affiner.

Avec une vidéo de démonstration du robot Asimo de Honda, Beryl Breas nous démontre qu’il reste encore du travail pour améliorer ces robots humanoïdes qui ont encore parfois du mal à monter des escaliers sans tomber.

La robotique, un enjeu économique

Quand on pense aux robots, on a tout de suite les images de C3PO et Terminator qui nous viennent en tête et surtout l’image du robot domestique et humanoïde. Donc, des robots qui n’ont pas encore colonisé nos intérieurs et qui sont encore de l’ordre du fantasme.

Pourtant, de nombreux secteurs sont concernés par la robotique :

  • l’agriculture,
  • l’environnement à risque,
  • l’automobile et les véhicules autonomes,
  • l’aérospace,
  • les villes intelligentes,
  • la silver économy,
  • la maison connectée.

Cela concerne plus généralement toute la robotique de service. La directrice générale d’Innoecho va même plus loin en disant que :

« L’innovation est l’apanage de la robotique de services. »

On observe une croissance exponentielle du secteur de la robotique de services où les Etats-Unis se sont très tôt positionnés. En 2014, l’entrepreneuriat autour de la robotique s’est accéléré aux USA et les leaders mondiaux se sont positionnés sur ce secteur, dont Google, Apple et Amazon.

Google a racheté 12 sociétés dans la robotique.

350 millions de $ investis par des venture capitalist dans des start-up spécialisées dans la robotique

L’Europe s’est aussi positionnée dans le secteur de la robotique et elle est même leader sur certains segments comme nous le montre le graphique ci-dessous :

Image1

Néanmoins, le leader mondial de la robotique reste le Japon. Ils ont une bonne dizaine d’années d’avance sur les Etats-Unis et l’Europe selon Beryl Breas. Mais ils ne se concentrent que sur un secteur de la robotique : le robot humanoïde assistant de l’Homme. L’acquisition totale d’Aldebaran par Softbank montre la volonté des Japonais à rester leader et en pointe sur ce segment.

La robotique ne sera pas destructrice d’emplois

C’est ce que pense et démontre Béryl Breas lors de cette matinée de conférences.

Les avis sont divergents sur cette question et il existe bien deux écoles sur la question.

 » Le but de la robotique est de remettre l’Homme là où il a de la valeur ajoutée. »

Pour ceux qui pensent que la robotique ne sera pas destructrice d’emploi, les arguments avancés prennent en compte la création d’emplois dans les domaines de la maintenance, de la conception et de la fabrication des robots.

Mais cette question n’est pas tranchée. Et d’autres, comme Serge Tisseron, autre intervenant de Zest Innovation 4 est plus pessimiste sur cette question.

Philippe Chuzel d’Awabot, expérience de téléprésence

L’intervention de Philippe Chuzel nous montre l’étendue  du secteur de la robotique. Et notamment, le fait que les robots ne sont pas forcément humanoïdes.

Avec la création de BEAM, un robot de téléprésence, Philippe Chuzel nous a fait la démonstration de la différence apportée par ce type d’expérience par rapport à une simple expérience de visio-conférence.

Il parle d’expérience immersive.

60% de la communication passe par le non-verbale. C’est à partir de ce constat qu’Awabot nous démontre l’intérêt d’un robot de téléprésence qui permet à la personne distante de se déplacer, de réagir « physiquement » dans la pièce où elle n’est pas.

Les robots de téléprésence ont aussi de multiples usages. On passe évidemment au monde  l’entreprise. Mais d’autres utilisations, notamment en maison de retraite peuvent avoir une réelle utilité et humaniser quelque peu les communications à distance.

Serge Tisseron, Psychiatre et psychanaliste analyse notre rapport aux robots

Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, est venu nous présenter son ouvrage « Le jour où mon robot m’aimera », publié aux Editions Albin Michel.

Il nous a livré une réflexion sur notre rapport aux robots et sur les enjeux psychologiques liés à l’utilisation de robots plus ou moins humanoïdes.

Ce break instauré dans les conférences Zest Innovation permet de prendre du recul par rapport aux enjeux techniques, technologiques et économiques des innovations présentées.

Serge Tisseron a su très bien nous donner du recul par rapport à l’engouement ambiant autour de la robotique et l’intégration de robots dans notre quotidien.

Il est revenu dans un premier temps sur la révolution numérique et les bouleversements qu’elle engendre dans le monde du travail. Pour Serge Tisseron, la révolution numérique bouleverse les trois repères sur lesquels était bâtie la relation au travail :

  • l’unité de lieu,
  • l’unité de temps,
  • l’unité de commandement.

Quant à la révolution robotique, elle bouleverse :

  • la distinction entre homme et machine,
  • les repères de la vie privée,
  • les attentes vis-à-vis de ses semblables.

Il a aussi évoqué la notion d’empathie artificielle, sous-titre de son ouvrage et il décline toutes les formes d’empathie de l’Homme envers un robot et d’un robot envers l’Homme.

Pour l’instant, il ne fait pas de doute que les « émotions » et l’empathie des robots envers les Hommes est simulée et algorithmique. Ces manifestations du robot sont surtout étudiées au regard du destinataire – l’Homme.

Serge Tisseron insiste sur l’attachement affectif de l’Homme envers certains objets (une alliance, une photo, un pendentif, etc..) Les objets sont bien plus que des objets. Il en va de même pour les robots. Sauf que… l’interaction entre les Hommes et les robots risquent d’encourager une empathie inconsidérée de la part de l’Homme.

Pour étayer son argumentation, Serge Tisseron prend deux exemples concrets et assez édifiants.

Le premier est celui des robots démineurs Packbots utilisés par l’armée américaine. Des robots, non humanoïdes, ils sont là pour éviter que des soldats démineurs perdent la vie lors d’opérations dangereuses. Ces robots agissent néanmoins comme des partenaires dans le travail quotidien des soldats américains. Et, les soldats américains ont développé rapidement une empathie pour ces robots au point de risquer leur vie pour sauver celle de leur robot.

Serge Tisseron

S’il est bien un cas de figure où l’on aurait eu du mal à s’imaginer une forme d’empathie entre le robot et l’Homme, c’est bien celui-ci.

Un autre exemple, nous est donné par le biais de l’évocation d’une expérience hollandaise de l’utilisation d’un robot de compagnie pour personnes âgées, une expérience filmée qui a donné lieu à un long métrage de 75 min, Alice Cares. Le robot est cette foi-ci humanoïde à l’apparence d’un enfant et le lien d’affection se développe très facilement. Le danger est d’autant plus évident.

Alice Cares | Trailer from KeyDocs on Vimeo.

Serge Tisseron nous interroge sur des problèmes liés à cette empathie humaine envers leur robot. Que se passera-t-il si une personne âgée tombe et se blesse pour éviter au robot de faire une erreur ou de tomber lui aussi ?

Serge Tisseron a su renverser un bon nombres de problématiques. Pour lui, l’acceptation des robots par leurs utilisateurs, même âgé, ne devrait pas poser problème. Il fait confiance aux concepteurs pour rendre ces robots suffisamment « sympathiques ». En revanche, il nous pose le problème inverse et c’est tout le sujet de son ouvrage :

  • Est- ce que l’Homme ne va pas développer une empathie trop grande envers ces robots ? Et comment gérer ce phénomène ?

Nous n’avons pas développé le sujet sur l’apport de la robotique dans le traitement de l’autisme. Serge Tisseron l’a mentionné et pour aller plus loin, je vous encourage à lire son ouvrage : « Le jour où mon robot m’aimera ».

Faissal Houhou de Robocarelab

L’intervention de Faissal Houhou arrive à point nommé, car il nous présente notamment le robot qui a servi à l’expérience Alice Cares mentionné par Serge Tisseron, précédemment.

Faisal Houhou est directeur général et co-fondateur de Robocarelab – un opérateur de service robotique et distributeur exclusif de certains modèles de robot, notamment le robot Milo.

milo

Il nous a longuement présenté le robot Milo et les usages possibles en maison de retraite.

Cette fois-ci, nous avons eu le point de vue d’un distributeur. Dans la pratique, les questions et les enjeux énoncés par Serge Tisseron semblent bien pris en compte mais la mise en oeuvre et donc le point de vue sont différents.

Dans la pratique, Faissal Houhou nous fait découvrir comment intégrer des robots humanoïdes dans le quotidien de personnes âgées.

Nous nous apercevons très vite, grâce à l’intervention de Faissal Houhou, que nous sommes encore au stade de l’expérimentation. Il nous montre que de nombreuses précautions sont prises. Les personnes âgées ne sont pas laissées seules avec les robots et le robot est pour l’instant vu comme un outil aidant le soignant.

Milo a été utilisé dans le traitement de l’autisme. La robotique, et ce n’est pas nouveau, a beaucoup à apporter dans le traitement de certaines pathologies comme l’autisme. Serge Tisseron nous a expliqué précédemment, pourquoi un robot peut aider un enfant autiste. Et c’est passionnant !

Robocarelab qui distribue aussi les robots de téléprésence Awabot, est revenu sur l’interation de cet outil au sein des maisons de retraite. Selon lui, les avantages sont nombreux car ils permettent aux personnes éloignées d’avoir une présence plus significative auprès de leurs proches en maison de retraite. Les expérimentations faites sont plutôt concluantes auprès des maisons de retraites et des personnes âgées.

Cette intervention a suscité un débat enrichissant et a montré que de nombreuses questions se posent.

Les objets connectés et la Data

Stéphane Bohbot et les magasins Lick

Stéphane Bohbot nous a fait une présentation de sa chaîne de magasins dédiés aux objets connectés – la première au monde – les magasins Lick.

Nous avions publié une interview de Stéphane Bohbot sur LesConnectes.net qui reprend tous les points abordés par son fondateur ici.

James Newton et le réseau Sigfox

Le réseau Sigfox est le premier réseau mondial dédié aux objets connectés. L’un des fleurons de la French Tech, Sigfox est l’une des plus belles réussites françaises de l’économie numérique. James Newton était déjà venu nous présenter Sigfox lors de la deuxième édition des conférences Zest Innovation.

Cette deuxième intervention a été l’occasion d’annoncer les prochains chantiers du déploiement du réseau Sigfox.

La couverture des mers et océans grâce à un réseau satellitaires à partir de 2018 a retenu toute mon attention.

L’échéance paraît courte comme toujours avec Sigfox. Mais depuis le début du déploiement de leur réseau, Sigfox nous a habitué à tenir ses engagements voire à être en avance sur certaines dates annoncées.

La carte de déploiement continue de s’étendre.

François Cerbelle et Couch Base

Couchbase est une base de données distribuée sur plusieurs serveurs pour assurer une grande disponibilité et de hautes performances. Cette base de données ne stocke pas les informations sous la forme de tables liées entre-elles par des relations, mais sous la forme de documents. Ainsi, un objet ou un concept n’a pas besoin d’être modélisé dans une forme qui n’est pas la sienne, mais peut être directement enregistré dans Couchbase dans sa représentation naturelle. Par ailleurs, Couchbase dispose d’un composant léger pouvant être embarqué dans des périphériques, et sachant synchroniser automatiquement tout ou partie des données entre les serveurs et le périphérique. L’application s’exécutant sur le périphérique est donc totalement autonome.

Dans la robotique, on considère qu’un robot est constitué de capteurs qui remontent des informations sur le monde réel, d’une unité de traitement associée à une base de connaissances pour traiter les informations remontées et en déduire les actions à mener, et d’actionneurs pour effectuer ces actions dans le monde réel. Les capteurs et les actionneurs, par nature, sont situés à proximité de l’environnement dans lequel le robot doit interagir. Il n’est pas toujours possible de placer la totalité de l’unité de traitement et de la base de connaissances au même endroit, pour des raisons d’encombrement, de poids ou d’interférences. Il est possible de déporter ces deux parties et de les faire communiquer avec les capteurs et les actionneurs par un réseau. C’est dans ce contexte que Couchbase peut être utile.

Couchbase est donc une base de données intéressante dans le cadre de la robotique à plusieurs titres :

  • Elle a la capacité d’enregistrer les informations correspondant à des concepts ou à des objets dans leur forme native, sans nécessiter de les remodéliser dans une forme non naturelle (tables/relations).
  • Elle offre de très hautes performances (réponses souvent sous la milliseconde) pour permettre au robot d’avoir une grande réactivité (important autant sur le plan de la sécurité que sur le plan de l’interface homme-machine)
  • Elle permet au robot de continuer à fonctionner en mode déconnecté autonome en synchronisant les données « vitales » de la base de connaissance du robot depuis les serveurs vers le robot
  • Elle permet au robot de stocker les données mesurées par les capteurs dans une forme naturelle (pas de surcout en traitement des données) sur le robot et de les synchroniser vers les serveurs, que le robot soit connecté ou non.
Categories: Economie, Les News, Robotique

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Cécile PINEAU

Fondatrice du site LesConnectés.net Consultante en communication et fondatrice d'Un Oeil sur la Pub. Passionnée pour tous les moyens de communication et notamment par les NTIC. Aime la SF, l'art contemporain, bidouiller son smartphone, lire, écrire....

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